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Paroles de lycéens

Dans le cadre du dispositif "Lycéen et Théâtre Contemporain", Gautier et Samantha, élèves du Lycée Duhamel du Monceau, nous parlent du spectacle "Entre eux deux", accueilli au Théâtre de la Tête Noire en novembre 2017.

Des lycéens au théâtre par Gautier


« Le théâtre n’est fait que pour être vu » Molière

Nous sommes le jeudi 30 novembre 2017 au soir. Ce soir je me rends avec mes camarades de classe au théâtre de la Tête Noire situé à Saran pour voir une pièce nommée Entre eux deux. Une sortie enfin ! Nous pourrons sortir de notre campagne afin de nous cultiver un peu !
Avant cette pièce de théâtre, la phrase « aller voir une pièce de théâtre » ne sonnait pas dans ma tête ainsi que dans celle de mes camarades comme une annonce d’une soirée amusante dans la joie et la bonne humeur ! Quel mauvais cliché !
Les visages étaient fermés et pas très convaincus de cette sortie qui s’annonçait plus ennuyante qu’autre chose. Aller voir une pièce de théâtre, et puis quoi encore ! Le pari de notre professeur de français qui se donnait à fond pour nous rendre sensibles à cet art n’était pas gagné.
Les lumières se tamisèrent, le silence fit place au spectacle.
Sur scène un premier comédien gesticule sur une musique plutôt agressante, difficile de comprendre ce qui nous attend à ce moment-là. Puis l’arrivée de la seconde comédienne brisa ce silence et cette atmosphère plutôt pesante.
L’histoire se met en place. Nous apprenons à connaître chacun des deux personnages. Très vite, nous nous attachons à Lui et à Elle, à leurs qualités, leurs défauts mais aussi leurs histoires et leur personnalité.
Succession de moments émouvants, touchants et comiques, cette pièce met à l’épreuve nos émotions et certains passages peuvent nous rappeler des moments de notre jeunesse. Dans cette pièce puissante et poétique, les émotions ne cessent de s’entrechoquer.
Le mélange des mises en scène lumineuses très bien pensé et très agréable à regarder ainsi qu’un jeu des comédiens, plein de talent, font de cette pièce une réussite totale. Le sourire sur mon visage et sur celui de mes camarades en tombé de rideau prouvait bien que cette pièce avait réussi à nous séduire. Tonnerre d’applaudissements devant les salutations des comédiens pour les féliciter de ce très joli moment passé en leur compagnie. Difficile de parler après de tels moments d’émotions durant cette heure. Tous avaient une question sur le bout des lèvres pour notre professeur : « C’est pour quand la prochaine ? ».

« Une pièce de théâtre, c’est quelqu’un. C’est une voix qui parle, c’est un esprit qui éclaire, c’est une conscience qui avertit » Victor Hugo


« Entre Eux Deux » : La pièce qui allie simplicité et émotions - par Samantha


Nous allons parler « D’Entre Eux Deux », une pièce de Catherine Verlaguet qui a été mise en scène par Adeline Arias. Cette pièce raconte l’histoire d’ « elle » une grande bavarde pleine d’énergie et de « lui » qui est très réservé et plutôt calme. A la fin de la pièce, j’ai eu la chance de rencontrer la metteuse en scène, les acteurs Mathieu Béguier et Elise Hobbé ainsi que la responsable des lumières Catherine Reverseau. Ce fut ma première expérience théâtrale ; elle m’a profondément marquée puisque depuis le 30 Novembre 2017, date où j’ai assisté à la représentation au Théâtre de la Tête Noire à Saran, je suis toujours bouleversée par la remise en question que cette pièce a créée en moi sur les thématiques abordées.

L’histoire se passe dans un hôpital psychiatrique où, à cause d’un manque de place, les médecins sont obligés de mettre une adolescente et un adolescent tous deux âgés de 15ans dans la même chambre ce qui est contraire à la déontologie. Au cours de la pièce, nous apprenons les raisons pour lesquelles chacun d’entre eux est présent ici. Elle, a été retrouvée malgré sa fugue de l’hôpital où elle était prise en charge après avoir été jugée et considérée irresponsable pour une tentative d’étranglement sur sa mère biologique. Lui, est ici pour des troubles physiques et mentaux. Il souffre d’une lourdeur dans ses bras dès qu’il est en situation de stress ou de honte mais également d’un brouhaha qui l’empêche de s’exprimer et de réfléchir longuement.

Durant la pièce de théâtre, j’ai été imprégnée de plusieurs émotions parfois totalement opposées entre elles en un cours laps de temps. Tout d’abord l’angoisse lorsque la pièce débute avec une musique intense et une lumière sombre afin de renforcer le coté spécial et intriguant du personnage masculin. Ensuite, j’ai été surprise d’éprouver de la tristesse et de la compassion pour elle lorsqu’elle raconte son histoire. En effet la mise en scène aide à s’y prêter puisqu’elle a l’idée de se mettre sous un drap pour lui raconter son abandon ce qui crée un climat de confiance. Cette scène peut faire penser à deux enfants qui se racontent des secrets ce qui m’a rappelé mon enfance. Elle commence à raconter l’histoire en faisant des ombres chinoises puis au beau milieu de son récit d’abandon des larmes se mettent à couler sur ses joues. A travers cette scène, on ressent une énorme douleur en elle. Durant l’entrevue avec les artistes, Elise Hobbé nous a confié avec une approbation de la metteuse en scène qu’à chaque représentation elle joue différemment la scène en fonction des émotions qu’elle ressent sur le moment ce qui rend la scène toujours plus authentique. Puis, j’ai eu un fou-rire quand ils parlaient de « se boucher un coin » car leur innocence aussi crédible qu’elle pouvait être n’en était pas pour le moins risible. Mon émotion finale a été la joie de voir les deux personnages se diriger vers de nouvelles aventures après les évènements qu’ils ont vécus.

Au sujet des acteurs, je les ai trouvés très performants dans le rôle de deux adolescents même s’ils étaient adultes ; on ressent bien que ce sont des comédiens professionnels. Adeline Arias nous a confié que ce rôle les avait fait hésiter au départ. Leurs costumes étaient appropriés aux habits que pourraient porter des adolescents de notre époque mais restaient simples. Mathieu Béguier nous a dévoilé que chaque fois qu’il sort de scène il est pressé de retrouver « lui » même s’ils sont pourtant très différent l’un de l’autre. Quant à Elise Hobbé, elle nous a également dit aimer jouer ce rôle malgré ses craintes de départ.

En ce qui concerne le décor et la lumière, je les ai trouvés très sobre. Personnellement, j’aurai peut-être opté pour quelque chose de plus réaliste comme les éclairages naturels de la pluie lorsque la scène est triste ou encore du soleil avec un arc-en-ciel pour symboliser un retour au calme et l’arrangement de la situation. Cependant cela s’appropriait bien avec le style simple de la chambre d’hôpital. Les couleurs plus ou moins chaudes en fonction des scènes ont permises de ressentir plus facilement certaines émotions mais aussi de rentrer totalement dans l’univers de la pièce et d’avoir l’impression d’être présent avec eux de manière indirecte, comme une petite souris qui espionnerait une scène d’intimité et de confiance entre deux êtres. Cette impression est renforcée par le reflet des personnages dans un médaillon au moment où l’un l’autre se confient les éléments traumatiques de leurs passés respectifs.

Pour conclure, cette pièce m’a transportée dans un univers qui au départ me paraissait totalement différent de ce que je pouvais aimer. Finalement j’ai découvert une pièce envoutante qui donne envie de retourner voir du théâtre contemporain ainsi qu’une équipe très agréable pendant l’entrevue faite avec le public le désirant. Ils ont gentiment accepté de répondre à nos interrogations et ont échangés avec nous quelques-uns de leurs secrets d’artistes qui leur ont permis d’adapter en six semaines seulement une pièce qu’ils représentent un peu partout en France et qui nous fait réfléchir sur la peur de la folie et le rapport qu’à l’Homme à l’abandon.


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L'équipe du Théâtre de la Tête Noire a une pensée tendre pour Olga Sokolow, comédienne, chanteuse et amie qui nous a quittés à l'âge de 37 ans.


"Regarde la mer

Regarde la mer Olga...
Elle est douce et elle est belle.
Les oiseaux qui viennent la frôler déposent sur la crête des vagues des comptines pour que dorment tranquilles petits et grands.
L'île de Bréhat se balade, à peine immergée pour venir à ta rencontre, elles changent de places, les îles, tu ne le savais pas, elles sortent de la mer, elles se posent devant nos fenêtres. Tu pourras toujours et à jamais les apercevoir, elles viennent vers toi, elles viennent à toi.
Des milliers de pingouins rieurs, des chœurs de sirènes, des familles entières de poissons clowns te font des signes, regarde bien et tu les apercevras entre deux bouillonnements d'écume...
Regarde la mer, Olga.
Elle est bleue, elle est verte, elle est comme les yeux des filles qui la comprennent, une chanson au bord des lèvres, un poème au fond du cœur...
Elle caresse la peau, décoiffe les cheveux, déclenche les sourires.
Regarde la mer, Olga.
Elle a mis pour toi sa robe de soie.
A l'envers et à l'endroit."

Patrice Douchet